Hérault - Vente de produits en vrac : comment la mettre en place en toute sécurité ?

Hérault - Vente de produits en vrac : comment la mettre en place en toute sécurité ?

Hérault - Vente de produits en vrac : comment la mettre en place en toute sécurité ?

Par Estelle Chaix, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), le 23 Avril 2022

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Vente de produits en vrac : comment la mettre en place en toute sécurité ?

Estelle Chaix, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Depuis plusieurs années, en réponse à une demande croissante des consommateurs, les produits vendus en vrac ont conquis les rayons des magasins. C’est le cas, par exemple, de certains aliments (fruits secs, céréales) mais également des produits d’hygiène (shampoings, savons), d’entretien (lessive, nettoyant ménager) ou des aliments destinés aux animaux (friandises à mâcher, croquettes).

L’offre devrait s’étendre sous peu à une plus grande diversité de produits, puisque la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (« loi AGEC ») permettra la vente en vrac de tout produit de consommation courante. Pour être qualifié de « vente en vrac », le produit doit respecter trois conditions : être présenté sans emballage, vendu dans la quantité choisie par le consommateur et conditionné dans des contenants réemployables ou réutilisables.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu fin 2021 une note identifiant les produits dont la vente en vrac est incompatible avec la sécurité sanitaire pour le consommateur. L’Agence a également émis des recommandations pour la mise en œuvre de la vente en vrac dans des conditions permettant de garantir la sécurité sanitaire des produits.

Si ces recommandations sont principalement destinées aux distributeurs et aux pouvoirs publics, certaines concernent aussi les consommateurs.

La gestion des risques sanitaires des produits est avant tout fondée sur la prévention des contaminations le plus en amont possible, donc avant la remise du produit au consommateur. Cependant, ce dernier est un acteur à part entière de sa sécurité sanitaire – il a la maîtrise du produit de son achat jusqu’à sa préparation et sa consommation ou son utilisation.

Dans le cas des aliments, environ un tiers des foyers de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) sont déclarés suite à des repas familiaux (entre 27 % et 35 % selon les années). Ils sont, entre autres, dus à de mauvaises pratiques au domicile.

Autre exemple de l’importance du rôle du consommateur, des cas d’intoxications accidentelles domestiques sont régulièrement signalés aux centres antipoison, notamment liées à l’ingestion de lessive liquide provenant de dosettes.

Acheter en vrac en toute sécurité, est-ce possible ?

La vente en vrac responsabilise donc encore plus le consommateur car sa contribution en tant que maillon de la maîtrise de la sécurité sanitaire des produits est encore plus importante.

L’achat d’un produit en vrac implique que le conditionnement soit effectué sur le lieu de distribution, par le consommateur ou un opérateur dédié. Le contenant doit protéger le produit contre les contaminations extérieures, prévenir le gaspillage lors du remplissage et du transport… Mais il doit également communiquer des informations sur la nature du produit et ses risques éventuels (ingrédients, composition du produit, caractère irritant pour la peau par exemple).

Plusieurs éléments sont à prendre en compte lors de la mise en œuvre de la vente en vrac. Par exemple, si l’application des bonnes pratiques d’hygiène (nettoyage du matériel manipulé par les clients ou maintien des conditions de conservation des produits) est une obligation réglementaire pour le distributeur, le consommateur devra se saisir de ce sujet lui aussi.

Il lui revient d’éviter les risques de contaminations croisées, c’est-à-dire le transfert involontaire d’un danger (biologique, chimique ou physique) d’un produit, d’une personne ou d’un objet à l’autre. Pour cela, il doit s’abstenir de toucher directement les produits et privilégier l’utilisation des pelles ou pinces mises à disposition. Il convient également d’éviter de les intervertir.

Plateau où sont présentés des gâteaux, avec une pince spécifique mise à disposition
Le consommateur ne doit pas toucher les produits directement, mais utiliser les ustensiles mis à sa disposition (sans les intervertir entre deux produits). Josh Sorenson/Pexels, CC BY

Quels contenants pour les produits ?

La loi AGEC indique qu’un contenant peut être apporté et utilisé par le consommateur s’il est « visiblement propre et adapté à la nature du produit acheté ». Cependant, la qualification de « visiblement propre » n’est pas suffisante pour garantir son hygiène. Par exemple, un séchage insuffisant peut contribuer à une prolifération microbienne ou à des réactions chimiques avec certains produits. Le contenant n’assurera plus sa fonction protectrice attendue.

Actuellement, pour les produits disposant d’une évaluation préalable des dangers (pathogènes, substances présentes dans leur composition pour les mélanges ou matériaux), seules sont prises en compte les conditions prévisibles d’utilisation par le consommateur. Elles n’intègrent pas les mésusages possibles tel l’achat dans de mauvaises conditions d’hygiène, avec contenants non compatibles, etc.

Dans sa note, l’Anses a donc émis des recommandations qui concernent aussi bien le contenant de distribution en magasin (bac, silo, distributeur) que celui apporté par le consommateur (bouteille, boite, bocal).

Ainsi, certains contenants sont réglementés afin de contenir des produits donnés, et leurs utilisations sont encadrées et évaluées dans ce cadre. Par exemple, la nature chimique du contenant et son aptitude au contact alimentaire sont importants à considérer. Dans le cas des matériaux au contact des aliments (MCDA), ils ne doivent pas présenter de danger pour la santé humaine, ni entraîner de modification inacceptable de la composition des denrées ni altérer leurs propriétés organoleptiques.

Certains logos ou mentions permettent de s’assurer qu’un contenant vide, n’ayant pas été mis au préalable en contact avec des denrées alimentaires, est bel et bien adapté à un usage alimentaire. Union européenne

Les aliments ne peuvent être conditionnés que dans des contenants affichant une des trois indications suivantes : le symbole « verre à pied/fourchette » (ci-contre), la mention « convient pour aliment » ou encore une mention spécifique relative à l’utilisation envisagée (telle que bouteille de vin, machine à café).

Apparemment anodine, parfois plébiscitée, la réutilisation de contenants pour conditionner un produit différent de celui pour lequel il était initialement prévu peut poser des problèmes. En particulier, il y a un risque de contamination des aliments par des résidus de substances chimiques si celui-ci a servi à des produits non alimentaires.

La réutilisation inverse, c’est-à-dire de contenants d’origine alimentaire pour des produits non alimentaires (comme une bouteille en plastique) a aussi été à l’origine d’accidents potentiellement graves : en raison de l’absence d’étiquetage précisant la nature réelle du produit contenu, mais aussi de la confusion notamment pour les jeunes enfants. La vigilance quant à la gestion des contenants est donc de mise.

L’information du consommateur, un élément essentiel

Pour accompagner le déploiement de la vente en vrac et garantir la sécurité du consommateur, une bonne information est essentielle. L’Anses a proposé que des informations supplémentaires soient communiquées.

En effet, la réglementation sur l’étiquetage des denrées alimentaires ou en alimentation animale diffère si le produit est proposé « préemballé » ou « non préemballé ». Certaines informations ne sont ainsi plus obligatoirement fournies au consommateur dans le second cas.

En plus des informations obligatoires (telles que la déclaration des allergènes pour les aliments), d’autres devraient être transmises lors de la vente en vrac. Il s’agit notamment de :

Par ailleurs, les réglementations relatives aux substances et produits chimiques imposent, entre autres : un étiquetage indiquant la nature des substances présentes, des avertissements sur les dangers pour la santé, un identifiant unique de formulation pour identifier sans ambiguïté le nom commercial à sa composition.

Ces catégories de produits nécessiteront un déploiement progressif permettant leur vente en vrac, associé à une analyse au cas par cas.

Les distributeurs auront divers moyens pour transmettre ces éléments au consommateur, comme une étiquette à coller sur le contenant ou l’utilisation d’affichettes placées à proximité immédiate du produit.

Le rôle du consommateur

Une femme transvase des produits achetés en vrac dans des bocaux vierges
Afin d’assurer la sécurité sanitaire des produits, le consommateur doit reporter et conserver les informations normalement transmises lors de l’achat. Sarah Chai/Pexels, CC BY

Dans tous les cas, un report fiable de ces informations par le consommateur devra se faire, ce qui va demander un changement d’habitude de ce dernier, et une prise de conscience de la nécessité d’être plus vigilant sur certains points.

Ainsi, lors d’un rappel de lots, l’alerte du consommateur serait rendue beaucoup plus difficile, voire impossible, en l’absence de ces informations notamment le libellé exact du produit, le numéro de lot ou la date d’achat.

Le consommateur doit donc être proactif pour récupérer mais aussi conserver les informations essentielles qui lui permettront de s’assurer que le produit acheté demeure sain.

Une stratégie de sensibilisation en ce sens devrait être mise en œuvre par les pouvoirs publics, appuyée par une communication active (médias, corps médical, associations de consommateurs, lieux d’achat, école). Autant d’éléments nécessaires pour accompagner au mieux le déploiement de la vente en vrac.


Elissa Khamisse, Stéphane Leconte, Pauline Kooh, coordinateurs scientifiques d’expertise à la Direction d’évaluation des risques (DER), et Cécilia Solal, chargée d’étude de toxicovigilance à la Direction des alertes et vigilances sanitaires de l’Anses, ont également participé à la conception de cet article, relu par Nathalie Arnich, adjointe au chef de l’unité d’évaluation des risques liés aux aliments (DER).The Conversation

Estelle Chaix, Coordinatrice scientifique d’expertise - Unité d'évaluation des risques liés aux aliments, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Estelle Chaix, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) (23-04-22)

 

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