Sérignan - Le figuier de la liberté : une ode à la tolérance et à la nature

Sérignan - Le figuier de la liberté : une ode à la tolérance et à la nature

Sérignan - Le figuier de la liberté : une ode à la tolérance et à la nature

Par ville de Sérignan, le 06 Septembre 2021

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Le figuier de la liberté : une ode à la tolérance et à la nature

Nous revenons sur la cérémonie de remise du label « Arbre remarquable » qui a eu lieu ce dimanche à Sérignan, sous le figuier de monsieur Henri Sénié : L’arbre, planté par son père Jacques à la libération du village en août 1944, est devenu un symbole de liberté et de tolérance.

Henri Sénié a prononcé un très beau discours qui relate son histoire, mais surtout qui reflète l’âme de notre village. Il y parle de respect, de lien familial, d’humains, de nos racines. Sa fille Marie, cantatrice, a ensuite superbement interprété la chanson « l’Air du vent », une ode à la nature.

Nous publions ici les mots d’Henri, si justes, qui ont fait pleurer l’assemblée d’une belle émotion, pure, humaine, apaisée, car l’histoire de cet arbre est intimement liée à celle de Sérignan, de ceux qui y ont vécu, travaillé, qui y sont morts.

Les racines de ce figuier sont finalement celles de notre village.

« Merci

(…)

Je vous prie de croire que lorsque j'ai entrepris les démarches pour essayer de faire reconnaître le caractère Remarquable de ce figuier, je ne donnais pas cher de mes chances d'aboutir.

En effet, si votre association a reconnu à ce jour environ 700 arbres remarquables en France, il n'en demeure pas moins que même si la liste est longue et variée, il y est fait, et ce à juste titre, la part belle à des arbres magnifiques, majestueux, Ifs millénaires, chênes centenaires, séquoias géants et autres essences toutes aussi prestigieuses, mais pas un seul figuier !

Toutefois, son histoire et sa symbolique sur lesquelles je ne reviendrai pas ont retenu toute votre attention et c'est ce qui fait que nous sommes là aujourd'hui.

Donc encore merci.

Je suis particulièrement heureux de constater à quel point l'équipe municipale a apprécié le classement de cet arbre et les raisons qui ont amené à cette reconnaissance.

Monsieur le maire et messieurs les élus merci !

Grand merci notamment à ceux qui se sont pleinement impliqués dans cette cérémonie et notamment la réalisation de cette plaque. A ce propos, je me dois de signaler la qualité du travail effectué par les services techniques municipaux, qu'ils en soient remerciés.

Bien entendu merci à mon ami d'enfance Jacques Andrieu que j'ai beaucoup sollicité…

Merci également à Jean-Pierre Balza, président de l'association "Histoire de Sérignan" qui suite à un entretien avec mon père avait déjà mis en avant la belle histoire de cet arbre dans un article paru en 2014. Ce fut là l'élément déclencheur de ma réflexion qui a abouti à ma demande de classement de ce figuier.

Mon père était un vigneron coopérateur très actif au sein de notre cave coopérative (il fut même un des rares vignerons sérignanais à être intronisé en 2001 par la confrérie de St Andiu de la Galinière) et je vous remercie, Monsieur Calmel et vos adjoints de la Cave Coopérative d'être ici ce jour.

Enfin, il n'est pas possible d'évoquer le souvenir de mon père sans souligner sa passion pour la chasse et je suis très heureux de saluer la présence parmi nous des représentants des chasseurs sérignanais.

Comme vous le savez, les arbres ont besoin d'eau et si celui-là n'en manque pas, c'est bien parce que chaque année il est copieusement arrosé par les eaux de l'Orb, et ce grâce à notre « Cuma » d'arrosage. Voilà une excellente raison de saluer la présence d'Arnaud Lupia, son président.

Vous tous, parents et amis... Grand Merci d'être ici.

Donc, c'est unanimement qu’aujourd’hui, tous ici, saluons le côté remarquable de cette petite branche de figuier devenue grande. Devenue grande par la puissance qu'elle tire de ce sol auquel mon père était si attaché. Oui, il fallait que cette branche soit petite, particulièrement fine car la technique de plantation utilisée l'exigeait : Mettre la branche dans une bouteille en verre pleine d'eau et enterrer le tout.

Si j'ai en ma possession la pioche allemande qui a servi à faire le trou, par contre on ne saura jamais si c'était une bouteille d'eau, de lait, de vin ou de schnaps !

Par contre aujourd'hui je vais vous dévoiler un petit point de détail : Cette petite branche provenait d'un figuier appartenant à l'arrière-grand-mère de Robert Antonuccio, elle-même immigrée de la région de Cetraro.

En ce 29 août, voilà à quelques jours près, 77 ans que cet arbre est là et si aujourd'hui il voit passer bon nombre de promeneurs se transformant en ramasseurs de figues occasionnels (certains l'étant beaucoup moins), il fut un temps où c'étaient des familles sérignanaises qu'il accueillait sous son épais feuillage quand venait le temps des vendanges.

Il n'était pas un simple témoin, mais la pièce indispensable à de nécessaires et bon moments de repos agrémentés de discussions savoureuses où autour du français, de nombreux vocables méditerranéens se côtoyaient allègrement (Occitan, Castillan, Valencian, Catalan, Italien, Calabrais…) pour se mélanger en une sorte d'Esperanto sans règle mais que tout le monde comprenait. Il était alors un véritable havre de paix, un carrefour de civilisations où chacun s'exprimait et discutait en toute liberté…

Tout à l'heure vous pourrez lire sur cette plaque en entête, une phrase tirée de l'ancien testament :

« Les peuples ne tireront plus l’épée l’un contre l’autre et on ne s’exercera plus pour la guerre. Chacun restera assis à l’ombre de sa vigne et de son figuier. » (Michée 4, 3-4.)

J'ai tenu à ce qu'elle y figure en bonne place, car à mes yeux cet arbre planté au milieu des vignes à la fin de la guerre en est la parfaite illustration. Ce qui lui confère son caractère unique, remarquable, voire vénérable.

Je me dois de vous signaler que l'auteur de la photo figurant également sur la plaque n'est autre que mon petit-fils, donc, arrière-petit-fils de Jacques, tout juste âgé de 10 ans au moment de la photo : Stan Sénié.

Pour terminer je vous dirai que j'ai pris connaissance de la Déclaration des droits de l'arbre que votre association a publié en 2019 ( https://www.arbres.org/.../collo.../190321DECLA_DROITS-1.pdf)

Et si je peux me permettre de vous retourner un compliment, je dirais simplement qu'il s'agit là d'un texte remarquable. A chacun son tour !

Je vous invite tous à en prendre connaissance et j'espère qu'un jour cette déclaration aura le rayonnement qu'elle mérite car chaque jour qui passe nous apporte la preuve que le meilleur ami de l'homme, c'est bien l'arbre.

Dans cet espoir, et ce sera ma conclusion, plantons, arrosons et protégeons des arbres en un geste simple mais remarquable.

Avant de dévoiler la plaque, nous avons décidé de vous offrir une parenthèse poétique:

Tout d'abord, un de mes fils, Hervé, va vous lire un poème à la gloire de la France Libre que je vous laisse le soin d'apprécier. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce texte magnifique n'a pas été écrit en 1945 ni en 1919, mais en 1843, par le plus grand écrivain français Victor Hugo.

Et maintenant, parce qu'en France tout finit par des chansons, Marie va vous interpréter un chant à la gloire de la nature et de la tolérance " L'air du vent" »

 

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